Philosophie

Du bonheur: un voyage philosophique (Frédéric Lenoir)

Qu’est-ce que le bonheur ? Frédéric Lenoir nous propose un voyage philosophique en compagnie des grands sages d’Orient et d’Occident pour tenter de répondre à cette question.

du-bonheur-un-voyage-philosophique-frederic-lenoir

Pour commander => via Amazon

« Le bonheur, c’est la conscience d’un état de satisfaction global et durable dans une existence signifiante fondée sur la vérité »

Ce voyage philosophique commence par une première interrogation: le bonheur, n’est-ce pas tout d’abord aimer la vie qu’on aime? C’est-à-dire qu’il nous amène à une prise de conscience d’un état de satisfaction global et durable.

Une vie heureuse est tout d’abord une vie qui apporte du plaisir.

« Le bonheur ne vas pas sans plaisir » – Aristote.

Mais le secret d’une vie heureuse réside surtout en un juste équilibre entre la recherche du plaisir et la conduite d’une vie vertueuse.

« Le bonheur est une activité de l’âme conforme à la vertu » – Aristote.

La vertu, toujours selon Aristote, consiste à agir selon une « juste mesure » ou médiété. Pour Epicure, le bonheur passe par une éthique de la modération, et se concrétise par l’ataraxie (quiétude absolue de l’âme). Il s’agit également de bien entretenir notre corps et notre esprit.

« Un esprit sain dans un corps sain » – Juvenal.

Ensuite, le bonheur c’est apprendre à choisir, à donner du sens à sa vie. C’est également apprendre à fonder notre vie sur la vérité, et non sur une illusion ou le mensonge.

Mais d’abord, tout humain souhaite-t-il être heureux ? Libre en effet à chacun d’aspirer au bonheur de manière consciente et active, ce qui implique une notion de volonté.

« Il est impossible que l’on soit heureux si l’on ne veut pas l’être; il faut donc vouloir son bonheur et le faire » – Alain.

Par ailleurs, certains considèrent que le bonheur ne doit pas être recherché en tant que tel, mais doit résulter d’une valeur éthique, d’une aspiration morale qui va au-delà du bonheur individuel.

« Fais ce qui te rend digne d’être heureux » – Emmanuel Kant.

Il est ainsi possible d’être heureux malgré des souffrances ou des sacrifices, dans la mesure où l’on décide de vivre de manière juste ou pour défendre une noble cause.

« Notre bonheur dépend de ce que nous sommes »

Etre heureux, c’est avant tout vivre selon notre nature profonde et en accord avec les aspirations de notre être. D’où l’importance d’apprendre à connaître notre sensibilité et à (re)devenir nous-même, en-dehors des schémas culturels et sociétaux qui nous détournent de ce que nous sommes. C’est ce que Carl Gustav Jung appelle le « processus d’individuation », lorsque nous dressons le premier bilan de notre existence. Si nous découvrons alors que nous nous sommes éloignés de notre nature profonde, il devient nécessaire de développer une meilleure connaissance de notre individualité.

« Le bonheur le plus grand est la personnalité » – Johann Wolfgang von Goethe.

Le bonheur est en effet lié à notre caractère, à notre personnalité, voire même à nos gènes.

« Notre bonheur dépend de ce que nous sommes » – Arthur Schopenhauer.

Il ne faut cependant pas sous-estimer notre capacité à améliorer notre sensibilité grâce à un travail personnel d’introspection.

Et l’argent, fait-il le bonheur ? La plupart des études sociologiques montrent que l’argent ou l’accumulation de biens matériels n’est pas un élément déterminant (comparé à la famille, la santé, le travail ou l’amitié). L’argent est un moyen de faciliter notre existence ou de nous aider à nous rapprocher de nos aspirations profondes, mais il ne s’agit pas d’une fin en soi.

« Celui qui change son cerveau change sa vie »

Les recherches réalisées ces dernières années notamment en neurosciences, montrent que notre vie émotionnelle est considérablement influencée par notre cerveau et par toutes les substances (chimiques, hormonales) sécrétées par le corps humain. Ainsi un certain nombre de molécules (dopamine, acetylcholine, GABA, sérotonine, hormones) mais également certains gènes (5-HTTLPR) influent directement sur notre bien-être. Cependant, même si ces facteurs génétiques jouent un rôle important dans notre disposition au bonheur, ils ne le déterminent pas puisque nous pouvons agir sur nos émotions et nos états d’âme grâce à notre extraordinaire adaptation du cerveau.

Par ailleurs, le bonheur est nourri par la satisfaction de ce que nous faisons dans l’instant présent. Ce principe, connu depuis l’Antiquité, est l’un des fondements des enseignements bouddhistes. Il a été développé par Eckart Tolle dans « Le pouvoir du moment présent » et est aujourd’hui relayé par la pratique de la méditation dite de « pleine conscience ». Diverses thérapies basées sur cette pratique ont été élaborées et promues par des psychiatres tels que Jon Kabat Zin aux Etats-Unis ou Christophe André en France. Chaque moment du quotidien peut ainsi devenir une source de bien-être et un moyen d’accéder au bonheur. A côté de cela notre esprit a également besoin de se détendre par la rêverie, la contemplation, l’inactivité ou le silence. De plus il ne faut pas négliger le rôle essentiel de la mémoire qui, par le souvenir de moments heureux, permet aussi de contribuer au bonheur.

« Nous sommes ce que nous pensons »

Il existe une interaction permanente entre nos émotions (« coeur ») et nos pensées (« esprit »). Que ce soit l’émotion qui précède la pensée ou la pensée qui précède l’émotion, nous devons éviter d’être perturbés et submergés par l’une ou par l’autre.

« Nous sommes ce que nous pensons » – Bouddha.

Il est donc important pour les réguler et les mettre à distance, de mener un travail d’introspection et de pratiquer des exercices quotidiens de méditation.

Il est également nécessaire de développer des pensées positives. Mieux vaut se comparer à plus malheureux que soi plutôt qu’à plus heureux que soi, car la comparaison est une des clés du bonheur. Des études en psychologie positive ont démontré que les « optimistes », parce qu’ils voient l’avenir avec confiance et sérénité, sont plus aptes au bonheur que les « pessimistes » qui sont enclins à voir le côté négatif des choses. Il est donc bénéfique d’atténuer les pensées négatives et d’aborder la vie avec plus de confiance pour accéder au bonheur.

Par ailleurs, notre impression du bonheur fluctue avec le temps. Grâce à un travail d’introspection, il est possible de faire progresser notre indice de satisfaction afin d’être de plus en plus profondément et durablement heureux.

« En oeuvrant au bonheur des autres, on fait aussi le sien »

Notre bonheur dépend aussi beaucoup de notre relation avec les autres. En oeuvrant au bonheur des autres, on fait aussi le sien. Comme l’avaient déjà soulignés Aristote et Epicure depuis l’Antiquité, il n’y a pas de vrai bonheur possible sans amour ou amitié. Il a été démontré qu’il existe un lien entre le bonheur et l’altruisme. Le fait de s’intéresser à autrui réduit l’égocentrisme qui est un obstacle majeur pour accéder au bonheur. Ainsi lorsque nous sommes aimés et lorsque nous agissons avec bonté, nous pouvons entrer dans un cercle vertueux. D’ailleurs le bonheur est contagieux. Des études montrent qu’on peut considérer le bonheur comme un phénomène collectif. A l’inverse, l’esprit de rivalité est un poison. Il est donc important d’apprendre à se réjouir du bonheur des autres.

De plus, comme le soulignaient notamment les sages de l’Antiquité, le bonheur individuel est indissociable d’un bonheur collectif. L’amélioration du bien-être individuel et l’amélioration de la société vont de pair. Malheureusement ce principe a été complètement occulté ces dernières années par l’essor d’une société moderne individualiste et consumériste, centrée sur l’indifférence aux autres et au monde. Cependant, bien que ces comportements soient encore dominants aujourd’hui, nous assistons à un regain d’intérêt pour le développement personnel et pour la défense de grands idéaux collectifs. L’essor de la spiritualité orientale, de la quête de la sagesse, d’initiatives écologiques et solidaires, par exemple, est révélateur d’une prise de conscience que les préoccupations spirituelles et planétaires sont étroitement liées. Que l’intérêt de chacun réside ainsi dans le bonheur de tous.

« La quête du bonheur peut-elle rendre malheureux ? »

Attention à l’obsession de la quête du bonheur, qui peut souvent produire un résultat inverse. Pascal Bruckner dénonce « l’impératif du bonheur » dans nos sociétés modernes, où le « droit » au bonheur s’est transformé en « devoir ». Ainsi en nous imposant des attentes démesurées que nous n’arrivons pas à atteindre, nous pouvons paradoxalement nous rendre malheureux. Il est donc important de ne pas se fixer des objectifs d’atteinte du bonheur trop élevés. Il faut savoir graduer par paliers, lâcher prise et accepter les aléas de la vie, afin d’atteindre un bonheur sans effort.

Par ailleurs, pour nous adapter à notre survie, nous avons développé trois capacités qui peuvent devenir des obstacles au bonheur individuel. Tout d’abord l’accoutumance, qui nous éloigne de notre prise de conscience du bonheur. Ensuite le fait que nous retenons plus facilement les événements négatifs que les événements positifs. Et enfin l’insatisfaction, qui nous conduit à nous améliorer sans cesse, mais au risque de nous amener à une perpétuelle insatisfaction. Pour certains philosophes tels Kant ou Schopenhauer  le bonheur est même une fin inaccessible. Pour ne pas tomber dans ce scepticisme, une des clés du bonheur est donc d’apprécier la vie telle qu’elle est, et non pas en fonction des désirs de son ego.

« L’obstacle au bonheur n’est pas la réalité, mais la représentation que nous en avons »

Les sages d’Orient et d’Occident s’opposent au pessimisme des modernes en affirmant que le bonheur devient possible grâce au développement de l’harmonie de son monde intérieur. Ils ont en effet inversé la problématique en concentrant les efforts à se changer soi-même plutôt que de vouloir changer le monde.

Le stoïcisme et le bouddhisme présentent de grandes similitudes dans leur approche du bonheur par l’élimination de l’attachement.

Les stoïciens considèrent qu’il faut distinguer ce qui dépend de soi (sur quoi on peut agir), des événements extérieurs face auxquels on est impuissant.

« N’attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites; décide de vouloir ce qui t’arrive et tu seras heureux » – Epictète.

Les deux objectifs visés sont la tranquillité de l’âme et la liberté intérieure. Les désirs sont ainsi convertis en une volonté soumise à la raison qui conduit au bonheur. C’est donc une philosophie volontariste, qui exige une parfaite maîtrise de soi. Pour y parvenir, les stoïciens préconisent des exercices spirituels tels que la vigilance (« vivre l’instant présent »), ou l’examen de conscience quotidien.

La doctrine bouddhiste est également centrée sur l’élimination de la « soif » (qu’on peut traduire par le désir ou l’attachement). Pour conduire au bonheur absolu ou « nirvana », la pratique bouddhiste préconise de suivre la « voie du milieu ». Elle correspond au chemin « octuple » représenté par le respect de huit éléments « justes » (compréhension, pensée, parole, action, moyen d’existence, effort, attention et concentration). Cette pratique vise donc à « lâcher l’ego » et à libérer l’esprit par la connaissance de la vraie nature des choses.

« Pour être heureux, il suffit d’apprendre à aimer la vie et à en jouir avec justesse et souplesse, selon sa nature propre »

D’autres voies moins radicales et plus accessibles que celles proposées par le stoïcisme et le bouddhisme sont également possibles. Michel de Montaigne par exemple, nous invite à suivre un chemin de sagesse joyeux, modeste et limité, et surtout conforme à la nature de chacun.

Le taoïsme présente de nombreuses similitudes avec la pensée de Montaigne. Les taoïstes proposent une sagesse de la fluidité, en harmonie avec la nature vivante toujours en mouvement. Lao-tseu ou Tchouang-tseu prônent un homme à l’écoute de son être profond, fidèle à la spontanéité de sa propre nature. Le Tao (« chemin » ou « voie ») désigne le principe fondamental du monde, mais également la notion de flux, de la nature en mutation permanente. La sagesse du « non-agir » conduit au détachement, c’est-à-dire à l’acceptation de la vie et de ses rythmes naturels.

La question du bonheur pour Spinoza est centrée sur une « éthique-sagesse ». C’est une voie rationnelle visant à conduire l’homme à la béatitude et à la liberté totale. Spinoza insiste sur l’importance de la connaissance de soi. L’être humain est principalement mû par ses « affects », c’est-à-dire ses émotions,  sentiments et désirs. Tous nos affects sont le fruit de notre nature propre, de notre être et de notre puissance spécifique. Chacun doit donc apprendre à se connaître pour découvrir ce qui le rend heureux ou malheureux.

« Un bonheur profond et durable devient possible dès lors que nous transformons notre propre regard sur le monde »

Au final, on peut dire que le bonheur, tout comme le malheur, sont en nous. Le bonheur pourrait être défini comme simplement « aimer la vie ». La sagesse nous apprend à désirer et à aimer ce qui est. Le travail intérieur est indispensable à celui qui aspire à un bonheur plus stable et profond.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *